Un prochain nouvel immeuble à Beg Meil
Le Tribunal Administratif de Rennes vient de rejeter notre requête contre le permis Keranoh, le futur Grand Hôtel de Beg Meil.
Le projet
En juin 2024, le maire de Fouesnant a accordé aux porteurs de projet un permis de construire pour la réhabilitation lourde, l’extension et le changement de destination d’anciens bâtiments pour créer un hôtel restaurant de 66 chambres, avec parc de stationnement et locaux annexes près de la cale de Beg Meil.

Le projet se situe sur le bâtiment d’un ancien hôtel ayant par la suite été utilisé pour des laboratoires de recherche marine, le CEMPAMA.
L’édifice a été racheté par la mairie puis revendu aux actuels bénéficiaires et porteurs du projet.
Une réhabilitation lourde
Notre association a saisi le tribunal afin de statuer sur ce projet.
En effet nous avons estimé que les travaux allaient engager un profond remaniement des lieux.
Il ne s’agit pas d’une simple modification mais bien d’une réhabilitation lourde.
Le terrain d’assiette se situe dans un espace proche du rivage. Il est courant d’accepter une extension limitée des projets sur des valeurs atteignant 20 à 30 %.

Pour le projet Keranoh, la surface de plancher créée est de 2566 m2 ce qui correspond à une augmentation de 61% du bâti existant.
Le projet se situe dans un espace urbanisé, certes, mais une zone pavillonnaire essentiellement constituée de maisons individuelles de niveau R+1.
Le nouvel immeuble du type R+3 dénaturera globalement l’ensemble.
Les juges l’ont accepté.
Un espace périodiquement saturé
De par la fréquentation de l’espace hôtelier ou de l’espace restauration, du fait du personnel nécessaire à son exploitation, cet établissement hôtelier entrainera des mouvements importants de population.
Le dossier de présentation évoque un maximum de 500 personnes.
Or le règlement du projet de PLU prévoit que pour les nouvelles constructions à usage d’habitation, il sera exigé :
- au moins 1,5 places par logement collectif ou groupé (à l’exception des logements sociaux), réalisé dans le cadre d’une opération d’aménagement d’ensemble,
- au moins 2 places de stationnement par logement individuel.
Le projet a prévu 34 places de stationnement à l’air libre et 31 en parking souterrain.
Nous sommes très loin du nombre de places nécessaires pour accueillir les résidents, le personnel et les livreurs.
On peut supposer que l’activité sera à son maximum d’intensité en saison estivale.
C’est aussi en cette période que l’on observe un afflux touristique dans le secteur de la cale qui est le point d’embarquement vers l’Archipel des Glénan.
Il est établi que l’agglomération de Beg Meil est très mal desservie par les transports en commun.
Il est donc à prévoir de sérieux encombrements dans les ruelles pour tous ces conducteurs à la recherche d’une place de stationnement créant ainsi d’incontestables problèmes de sécurité.
Sans parler de l’agacement…
Des précédents sur le secteur
Pour argumenter notre requête, nous avons rappelé aux juges l’arrêt de la Cour d’Appel de Nantes du 15 février 2005 qui confirmait que le compartiment dans lequel se situe le projet en question était faiblement densifié.
Ce compartiment est uniquement constitué de maisons individuelles, il n’y a aucun immeuble.
Dans un autre jugement du 30 décembre 2011, le tribunal rappelait les caractéristiques du secteur, à savoir « un compartiment dont l’urbanisation est sensiblement plus aérée que celle des quartiers situés à l’ouest de cette rue et au nord du terrain, et constitué de maisons d’habitation de type villas balnéaires implantées sur de vastes parcelles.«
Un projet similaire envisageait alors 52 logements sur cette même parcelle.
Ce projet a été annulé…
Enfin en 2016, le maire de Fouesnant avait rejeté une demande d’extension car non conforme avec l’article L 146-4 III du code de l’urbanisme.
Le Tribunal Administratif avait rejeté la requête du demandeur qui contestait le refus du maire de Fouesnant.
Nous avons donc présenté plusieurs décisions sur ce compartiment dont une sur cette parcelle qui concluent que nous sommes en espace proche du rivage et que ce type d’opération est constitutif d’une violation de l’article L121-13 du code de l’urbanisme.
Nous ne pouvons que nous désoler du jugement d’aujourd’hui qui vient en contradiction avec les décisions antérieures.
Jurisprudence
Nous n’interjetterons pas appel de cette décision.
Nous avons fait ce que nous étions en droit de faire et surtout ce que nous jugions utile pour l’intérêt général.
Dans les prochaines années, le secteur de la cale se verra doté d’un bâtiment qui veut redonner à Beg Meil son « lustre d’antan » selon les termes des porteurs de projet.
Nous nous souvenons que Proust fit un long séjour à Beg Meil à l’automne 1895 en compagnie de Reynaldo Hahn. Il décrivait la quiétude des lieux et les vergers de pommier
La circulation automobile du temps de Proust n’était pas celle que nous connaissons aujourd’hui.
L’écrivain ne serait plus de nos jours en si bonnes dispositions pour apprécier le calme et créer les quelques lignes qui ont fait son succès.
D’autant qu’il est à craindre que ce projet ainsi adopté ne fasse jurisprudence et que des propriétaires voisins ne soient tentés de valoriser leur parcelle et acceptent les propositions juteuses de promoteurs avides de tirer sans vergogne le maximum de potentiel de ce secteur.
Longtemps, je me suis couché de bonne heure…
Proust, incipit de Du côté de chez Swann
Souhaitons que le réveil ne soit pas trop douloureux pour les habitants de Beg Meil et tous ceux qui l’apprécient …